Les loups à leur porte – Jérémy Fel

logo2015

Cinquième et avant-dernière étape du Challenge 1% Littéraire.

J’ai choisi ce livre sur les bons retours du blog des Cannibales Lecteurs. Le fait que ce soit un premier roman et un thriller me plaisait bien car ça changeait de mes lectures précédentes.

les loups a leurs portes.indd

Dans l’ensemble, j’ai bien aimé. Ca reste un premier roman avec des maladresses et des longueurs. Mais il y a quand même deux scènes particulièrement réussies (et effrayantes, j’ai eu du mal à m’endormir après les avoir lues) et la fin est intéressante. Je reprocherai juste à Jérémy Fel de ne pas s’être assez documenté parce qu’à deux-trois mois de grossesse, non, on ne sent pas le battement du coeur du bébé (on ne le « sent » jamais en fait), ça m’a un peu gâché un moment qui se voulait émouvant (et que déjà sans ça je trouvais un peu niais).

Comme d’habitude, quelques extraits. Tout d’abord l’incipit.

Loretta

Les premières lueurs du crépuscule recouvraient déjà les champs de blé, qui, tout autour d’elle, ondulaient avec le tintement de milliers de petits carillons.

Loretta, les épis lui effleurant les hanches au fur et à mesure qu’elle avançait, se baissé et en arraché un d’un coup sec, ce qui libéra dans l’air une fine poussière dorée qui s’y dispersa en scintillant. Sa maison se dressait au loin et surplombait cet océan rêche de sa silhouette massive. Elle savait qu’elle devrait bientôt se résoudre à y retourner, à cause de ceux qui rôdaient dans les plaines à la nuit tombée, ces êtres aux corps sombres venus de nulle part et qui depuis si longtemps terrifiaient les habitants de son Kansas natal.

Là le cadre est assez bien posé. L’auteur est scénariste et je trouve que cela se ressent beaucoup car les descriptions sont toujours très précises, on a plein d’images de films américains qui viennent en tête.

Je saute quelques pages pour vous partager la fin de ce premier chapitre.

Ce n’est que quand elle commençait tout juste à se rendormir qu’elle sentit cette odeur, de plus en plus prégnante, l’odeur de quelque chose en train de brûler. Elle alluma la lumière et se retourna vers George qui, toujours allongé sur le dos, avait les yeux grand ouverts.

« Putain c’est quoi cette merde ! » dit-il en se redressant.Elle ne put rien répondre, un peu de fumée s’immisçant déjà sous la porte. Sa première idée fut d’avoir allumé une bougie sans avoir pensé à l’éteindre. Mais ce n’était pas possible, elle n’avait rien touché de tel en bas, elle en était certaine.

(…) Cela ne pouvait pas arriver réellement. Pas chez elle, pas dans sa propre maison.

(…) Elle n’avait plus beaucoup de temps, bientôt l’incendie atteindrait aussi l’étage. Loretta se précipita vers la fenêtre pour l’ouvrir, mais à peine vit-elle ce qui se trouvait au-dehors qu’elle se figea, n’arrivant tout d’abord pas à en croire ses yeux. Et pour elle tout se brisa, toute résolution, tout espoir, toute envie de se battre. Anéantie, elle se laisse glisser contre le ur, la chambre s’obscurcissant de plus en plus à cause de la fumée qui s’y immisçait par tous les interstices.

Mais ce n’était pas au piège qui se refermait sur elle auquel elle pensait à cet instant, ni à son mari qui avait brûlé vif sous ses yeux et de savoir que bientôt elle subirait le même sort. Ce qu’elle ne pouvait s’enlever de la tête, c’était ce qu’elle venait de voir par la fenêtre de sa chambre et qui en une fraction de seconde l’avait poignardée en plein coeur.

Daryl, son propre fils, debout près de sa voiture un bidon d’essence à la main, et qui regardait d’un air émerveillé l’infâme spectacle alors que sur le verre de ses lunettes se reflétaient les flammes qui réduisaient sa maison en cendres.

Ce premier crime est en effet le vrai incipit du livre. Car chaque chapitre est consacré à un personnage différent, qui n’ont à première vue pas forcément de liens les uns avec les autres, mais qui se rattachent tous, d’une manière ou d’une autre à ce crime.

Je trouve que cet extrait est assez juste par rapport à l’écriture du roman, qui n’est pas extraordinaire, c’est un thriller et il fonctionne bien.

Je voulais enfin vous partager une version abrégée de ce chapitre qui m’a marqué.

Claire

Connaissez-vous le croque-mitaine ? Miton, miton, mitaine ? Il a deux grands yeux perçants, une grande bouche, de grandes dents…

Ils avaient bougé.

Claire en était certaine maintenant et ne les quittait plus des yeux, de peur qu’ils ne finissent par s’évanouir dans l’obscurité sans qu’elle puisse être certaine de leur nature : deux petits cercles pâles et luisants tapis dans le fond du jardin, là où les ombres étaient le plus denses et semblaient s’écouler des arbres comme un liquide épais sur l’herbe.

(…) Le lendemain matin, elle irait dans le jardin et découvrirait que ce n’étaient que deux petites pierres rondes et plus brillantes que les autres incrustées dans le mur de l’enceinte. Rien de plus.

Cela faisait deux semaines maintenant que Claire Millet était arrivée à Manderley, une imposante maison de deux étages situées à une vingtaine de kilomètres d’Annecy. (…) Elle venait de finir son master de psychologie à la Sorbonne et avait éprouvé, après des années concentrées sur ses études, le besoin de relâcher la pression et de s’isoler pour une période indéterminée. (…) Elle avait vécu à Manderley une grande partie de son enfance, seule avec sa mère Elizabeth, et ce jusqu’à ce qu’elle disparaisse la veille de son septième anniversaire, dans des circonstances encore inexpliquées.

(…) Son mémoire de recherche de master était posé sur la table basse. Il portait en grande partie sur un fait divers qui l’avait particulièrement fascinée dès la fin de son adolescence et qui avait eu lieu à la fin des années 1970 au Kansas : le meurtre de George et Loretta Greer, tous deux décédés dans l’incendie de leur propre maison, incendie provoqué par leur propre fils, Daryl Greer (…).

Peut-être que Daryl Greer vivait toujours quelque part aux Etats-Unis, sans que personne de son entourage ne puisse se douter de sa véritable identité ; lui qui aurait sans peine laissé l’adolescent furieux qu’il avait été devenir avec le temps une sorte de légende urbaine que l’on conterait dans certains endroits du Midwest, et dont certains parents se serviraient pour rappeler à l’ordre leurs enfants trop turbulents. Sois sage, sinon Daryl Greer entrera par la fenêtre cette nuit et t’emmènera avec lui.

(…) La jambe nue et blanche d’un enfant qui sautait de son lit. Sous le lit le noir total. Puis un éclair de lumière froide ; une ombre qui se déployait en explosion lente sur les murs de sa chambre ; un couloir menant à une porte grande ouverte d’où s’échappait une faible lueur. (…) Restée sur le pas de la porte, la petite fille poussa un cri à son tour. L’ogre se retourna alors vers elle et la fixa avec ses énormes yeux rouges et dont l’intérieur tournait comme des toupies. Et il ouvrit grand la bouche, laissant entrevoir ses dents innombrables et effilées, le bas de son visage recouvert du sang noir de la femme, et dont quelques gouttes tombaient sur le sol avec un son métallique.

(…) Claire se releva en chancelant et mit un moment avant de se rendre compte où elle se trouvait. Le cauchemar de son enfance. Et pour la première fois, cette clarté terrible. Cette scène qu’elle avait reproduite tant de fois dans ses dessins n’était pas issue de son imagination. C’était un souvenir.

Caché dans le placard de son ancienne chambre, Damien commençait à s’impatienter. Quand Claire avait surgi dans la pièce, il avait attendu en se retenant de rire qu’elle s’approche assez près pour lui bondir dessus. Cela marchait à tous les coups avec sa grande soeur. (…) Mais cela ne s’était pas du tout passé comme il l’avait prévu (…) ne tenant plus, conscient de sa bêtise, il décida d’aller chercher Claire pour s’excuser.

(…) « Ecoute, Damien, dit-elle tout bas. On n’est pas en sécurité ici, il y a quelque chose dans cette maison qui nous veut du mal, tu le sais aussi bien que moi et il ne faut pas rester là… Je vais t’emmener dehors et tu vas m’attendre sagement, d’accord ?

Le petit garçon ne répondit pas. Il essayait de ne pas trop regarder Claire. Elle avait le visage tout rouge et ses yeux lui faisaient peur. Et puis elle le serrait fort, fort… Alors il se débattit, et comme elle ne voulait pas le lâcher il cria. Claire le gifla sèchement, ce qui le fit tomber sur le carrelage. Un peu sonné, Damien se releva et se précipita vers la porte d’entrée, qu’il réussit à ouvrir sans mal et courut sur la pelouse, le plus vite qu’il put. (…) Il entendit un craquement juste derrière lui, juste avant qu’une main l’agrippe par le bras. Il se retourna et hurla à s’en déchirer les poumons. Et, en voyant le visage figé de Claire, il ressentit une peur qu’aucun ogre, vampire ou loup-garou n’aurait jamais pu lui procurer.

Il reste beaucoup d’éléments qu’il ne m’a pas été possible d’insérer dans cette citation, mais je pense que c’est un des chapitres que j’ai préférés et qui sont le mieux réussis dans le roman.

Une réponse à “Les loups à leur porte – Jérémy Fel

  1. Pingback: Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai | La sagesse est au coin de la rue·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s