La variante chilienne – Pierre Raufast

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Quatrième étape du Challenge 1% Rentrée Littéraire. Oui, ok, on est au mois de mars, la Rentrée Littéraire est fort loin maintenant, mais j’ai jusqu’au 31 juillet pour lire 6 livres pour remporter ce challenge donc je suis encore dans les temps.

J’ai sélectionné La Variante Chilienne de Pierre Raufast à la suite des très bons échos chez les libraires et les blogueurs (notons que j’avais aussi sélectionné sur les mêmes avis La Maladroite d’Alexandre Seurat, que j’ai trouvé moyennement intéressant, et dont du coup je ne parlerai pas ici). J’avais déjà eu de bons échos de La Fractale des Raviolis, le premier roman de l’auteur. J’en ai donc conclu que l’auteur savait choisir de bons titres et qu’à lire les résumés de ses livres il aimait les recueils de petites histoires décalées.

variantechilienne

J’ai lu ce roman en janvier, l’ayant reçu à Noël, en préparant un voyage au Chili justement (même si concrètement La Variante Chilienne ne parle pas spécialement du Chili). Après l’incipit et les premières histoires (le narrateur et le personnage secondaire aiment se raconter des histoires), j’ai eu très peur d’un effet L’élégance du hérisson, roman que tout le monde dans mon entourage a aimé mais que j’ai trouvé très superficiel. Mais en fait, au fur et à mesure des histoires, je me suis laissée emportée par la fantaisie des « petites histoires » et finalement j’ai apprécié ce livre. Ce n’est pas le meilleur roman que j’ai lu mais j’ai passé un bon moment (je pense que c’est un livre parfait à lire l’été en vacances).

Quelques extraits, tout d’abord de l’incipit.

Tout commença par une grande frayeur.

Sur la route, un gendarme me fit signe de me garer. Il était jeune et transpirait abondamment sous le soleil de midi. Il me demanda mes papiers tout en jetant un oeil à l’arrière du véhicule. Ebloui par la clarté, il ne devina pas, cachée par une couverture sur la banquette, la présence d’une adolescente. Je comptais la cloîtrer pendant les deux mois d’été.

Pascal, professeur de littérature, part donc en vacances d’été avec cachée dans sa voiture Margaux, une de ses élèves qui veut fuguer (ce n’est pas un remake de Lolita, il ne se passera rien de croustillant entre eux). Une fois installés sur place, il rencontre son voisin, Florin, un homme à la vie pour le moins atypique.

 

Nous dressâmes un bout de table côté sud. Devant nous, une piscine remplie à mi-hauteur de terre ressemblait étrangement à un potager. Des tomates, quelques salades et des plantes que je n’arrivais pas à identifier. Des courgettes ? Des aubergines ?

– Drôle de piscine, dis-je.

– C’est toute une histoire. Je vous la raconterai à l’occasion.

(…) Vers deux heures du matin, nous eûmes fini les trois bouteilles. Franchement vaseux, je décidai de rentrer chez moi retrouver Margaux. Il m’accompagna. Nous traversions le champ qui séparait nos deux maisons, quand je remarquais un phénomène bizarre. « C’est quoi ces trucs qui brillent ? »

– Des vers luisants.

(…) – Pourquoi il brille le ver ?

– Il paraît que c’est un truc sexuel pour attirer la femelle. Il brille, elle le voit dans le noir, il se la tape. C’est sa ruse à lui… son appeau.

– Et si moi je ne voulais pas qu’il se la tape, hein ? criai-je presque.

– Tu as raison, mon pote. On n’est pas là pour que ces putains de vers luisants se tapent plein de femelles alors que nous on a que dalle ici !

(…) Et il urina sur le ver luisant. Celui-ci s’éteignit aussitôt. Réaction chimique ? Empoisonnement ? Peur ? Allez savoir. « Ca marche ! Vite, aide-moi… »

(…) Nous pissâmes autant que nous bûmes. Quand nous avions fini de pisser, nous buvions. Et quand nous avions fini de boire, nous pissions. Tous les vers luisants y passèrent. (…) Ainsi se déroula ma première rencontre avec l’homme qui ramassait des cailloux. Ainsi naissent les amitiés.

 

Pascal, Florin, et rapidement Margaux, vont devenir amis et passer de longues soirées à discuter. La fameuse variante chilienne du titre est en fait une variante à un jeu de cartes qui aura un intérêt dans l’une des histoires racontées par Florin. D’ailleurs l’auteur a créé une fausse fiche Wikipédia pour expliquer ce jeu !

L’extrait précédent donne un bon aperçu du roman et de ses qualités. C’est bien écrit sans être trop compliqué, et il y a beaucoup de fantaisie et de poésie dans les situations décrites. Florin raconte donc des épisodes supposés de sa vie en égrenant sa collection de cailloux. Voici un extrait de l’histoire que j’ai préférée :

J’aurais pu avoir une enfance normale, si Taranis, la divinité gauloise de la pluie, ne nous avait pas joué un curieux tour : de 1956 à 1968, il plut tous les jours sans discontinuer. Le soleil ne se montra pas une seule fois. (…) Les paysans commencèrent à abandonner les champs détrempés. Au café, les gens disaient en plaisantant qu’ils allaient faire pousser des nénuphars. Ils ne croyaient pas si bien dire ! Au bout de neuf mois de pluie, les terres étaient recouvertes d’une sorte d’algue verte et des feuilles larges comme des nénuphars s’étalaient ça et là.

Le village sortit alors de sa léthargie. Les hommes construisirent des passages couverts pour circuler. On commença par relier le bar à la place de la fontaine, puis, progressivement, des mètres et des mètres de toits d’ardoise s’alignèrent pour former de véritables allées couvertes. (…) Plus personne ne se rendait au « sale », nouveau nom pour le dehors, vaste champ de boue uniforme où les fines algues avaient pris le dessus sur toute autre forme de végétation.

(…) Nous autres, les enfants, avions grandi dans cet univers gris. Nous ne connaissions que l’eau, le sale et le dedans. (…) Ensemble, nous ne faisions que répéter les croyances de nos parents : les uns affirmaient que le soleil n’existait pas, d’autres soutenaient que c’était une boule de feu brillante qui brûlait la peau et les légumes. Une idée aussitôt réfutée :

– Tu te vois sortir dans le sale sous une boule de feu ? Sans pluie pour l’éteindre ? Tes parents sont complètement fous !

– Je te jure qu’ils m’ont dit qu’avant c’était comme ça.

– A l’époque des dinosaures, peut-être ! D’ailleurs on m’a dit que c’était à cause de la boule de feu que les dinosaures avaient disparu. Jouer dans le sale ? C’est n’importe quoi ! C’est très dangereux ! Mon papa dit qu’on y attrape des maladies.

Une réponse à “La variante chilienne – Pierre Raufast

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