D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

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Troisième étape du Challenge 1% Rentrée Littéraire.

Je n’ai quasiment pas eu besoin de lire le résumé de ce livre pour le mettre sur ma liste. J’avais bien aimé « Les Heures Souterraines » et « Rien ne s’oppose à la nuit » (si vous ne l’avez pas lu, je vous conseille cette production France Culture vraiment chouette) donc un nouveau Delphine de Vigan, j’étais partante.

dapreshist

L’incipit n’a fait que renforcer mon envie :

Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au coeur.

Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.

Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.

(…)

La vérité est qu’au moment où j’aurais dû me remettre à écrire, selon un cycle qui alterne des périodes de latence, d’incubation, et des périodes de rédaction à proprement parler – cycle quasi chrono-biologique que j’expérimentais depuis plus de de dix ans -, au moment où je m’apprêtais à commencer le livre pour lequel j’ai pris un certain nombre de notes et collecté une abondante documentation, j’ai rencontré L.

Un livre sur les coulisses de la réception d’un livre, déjà ça m’emballait bien. Mais en plus avec le récit d’une relation a priori toxique, sur l’emprise que peut avoir quelqu’un sur soi, ça me semblait encore plus intéressant. Surtout connaissant les qualités de perception et la finesse de l’auteur.

Au final, j’ai bien aimé ce livre mais l’ai trouvé plutôt inégal (rien à voir avec Rien ne s’oppose à la nuit). Le rythme est bon, on tourne les pages rapidement. Les derniers chapitres sont très prenants, le suspense et l’horreur sont à leurs combles (j’ai eu du mal à m’endormir personnellement).

Mais je trouve que la narratrice se répète beaucoup. Chaque fin de paragraphe finit quasiment pareil par « L. avançait lentement » ou « c’est à ce moment là que son emprise se faisait plus forte ». Il y a trop d’appels du pied de la part de la narratrice, ça ralentit beaucoup la lecture. Il y a aussi cette conversation qui revient sans cesse entre la narratrice et L. sur la fiction et l’autobiographie et la désuétude de la fiction (la thèse de L.). Si on comprend l’intérêt narratif lors de la seconde conversation, elle se répète encore deux ou trois fois dans le roman et là je n’ai pas compris ce que ça apportait de neuf.

Voici, dans ce deuxième extrait du roman, comment est introduit cette premier conversation entre la narratrice et L. sur le travail d’écriture en cours. Cet extrait est aussi assez significatif du travail fait par Delphine de Vigan sur les mots pour leur donner de la profondeur :

La première fois que L. m’a demandé ce que je m’apprêtais à écrire, il m’a semblé qu’on en venait, enfin, au fait. J’ignore pour quelle raison, de manière immédiate, j’ai pensé cela : tout ce qui avait précédé, entre elle et moi, n’avait servi qu’à nous conduire là, à ce point précis, et L. venait d’abattre ses cartes pour me montrer son jeu. (…) – Qu’est-ce que tu vas écrire maintenant ?

Depuis des mois, des lecteurs, des amis, des gens croisés ici ou là m’interrogeaient sur l’après. La question, généralement, se formulait en ces termes : « Qu’allez-vous écrire après ça ? » Parfois, la question prenait une tournure plus générale : « Mais qu’est-ce qu’on peut écrire après ça ? » Dans ce cas, il me semblait qu’elle contenait en elle-même la réponse : après ça, il n’y avait rien, c’était couru d’avance. (…)

La question de L n’était pas tout à fait la même. Elle n’avait pas dit après, elle avait dit maintenant.

Qu’allais-je écrire, maintenant. (…)

Mais ce qui m’a le plus touché et m’a vraiment fait aimer ce livre malgré ses petits défauts de répétition, c’est qu’il y a une mise en abyme vraiment brillante d’une réflexion sur la fiction et l’autobiographie, sur ce que c’est que le « vrai ». Il y a des indices, des mots glissés sans en avoir l’air qui interpellent.

J’ai eu une sorte de vertige en lisant la réflexion du compagnon de la narratrice quand elle lui parle de L. « Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » lui demande-t-il. Inséré tel quel dans le texte, ça interroge tous les niveaux de lecture sans être trop visible, un effet vraiment superbe.

En relisant certains passages pour sélectionner un extrait pour cet article, j’ai trouvé encore plus d’expressions qu’à la première lecture. Il y a un réel travail d’écriture « en creux » de la part de Delphine de Vigan.

L. a levé les yeux vers mois, il m’a semblé qu’elle cherchait à contrôler le timbre de sa voix, et plus encore, son débit :

– Je n’imaginais pas une seconde que tu pensais écrire quelque chose comme ça. J’avais lu un article dans Le Monde des Livres où tu parlais d’un livre fantôme, plus personnel encore, auquel tu finirais sans doute par venir. Un livre en creux, caché à l’intérieur de celui-là.

3 réponses à “D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

  1. Ce roman de la rentrée littéraire me tente bien. Comme toi, j’ai lu deux livres de l’auteur (No et moi et Ce qui s’oppose à la nuit) que j’avais adoré pour l’un et beaucoup aimé pour l’autre🙂
    J’aime beaucoup sa façon de voir les choses et cet opus semble très intéressant.

  2. Pingback: Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai | La sagesse est au coin de la rue·

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