Dans le jardin de l’ogre – Leïla Slimani

Cinquième lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire.

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Lire ce roman a été une histoire de timing. J’arrivais presque au bout du challenge et je voulais lire un primo-romancier (comme on dit dans le jargon). Et puis il y a ce titre (tourniérien par excellence)(non je ne suis pas DU TOUT obsédée par l’oeuvre de Michel Tournier). Et puis la quatrième de couverture. Magnifique, magique quatrième de couverture.

Malheureusement, malheureusement, c’est bien un premier roman. Qui a plein de très bons éléments mais ne les creuse pas assez.

L’histoire d’Adèle peut paraître banale. Elle ne l’est pas. Adèle n’est pas qu’une croqueuse d’homme, Adèle est nymphomane. C’est une maladie. Vraiment. C’est une maladie dont il est compliqué de parler car elle touche au plus intime du malade et ne se voit pas extérieurement (comme toutes les maladies psychiques). C’est une maladie qui touche principalement les femmes. C’est une maladie qui touche un tabou et la rend d’autant plus « invisible ».

J’ai aimé la délicatesse de l’auteur qui n’hésite pas à appeler un chat un chat mais garde quand même une certaine pudeur là où les débordements racoleurs auraient été faciles. Il y a bien sûr des scènes de sexe. Certaines sont un peu choquantes. Aucune n’est superflue.

J’ai aimé sa capacité de nous faire toucher du doigt le délire et ce qui fait une maladie psychique.

J’ai moins aimé son écriture, qui manque clairement de profondeur. A part cette merveilleuse quatrième de couverture, le style est très plat. A certains moments j’avais l’impression de lire un roman sentimental pas très bien ficelé (certains personnages secondaires sont horriblement superficiels voire clichés). Le contraste est très fort entre l’incipit et cette image si forte du « jardin de l’ogre » et le reste du livre où l’auteur ne retrouve jamais une invention poétique aussi puissante. J’aurais tellement aimé que l’auteur nous décrive un peu plus ce jardin, qu’elle creuse cette image. Mais elle s’intéresse plus à décrire l’organisation de son personnage (sa double vie entre son couple et ses aventures d’un soir). Elle passe du coup un peu à côté de son sujet et c’est dommage. Heureusement le livre se lit très vite, je l’ai lu en deux jours et n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

Je n’ai pas trouvé d’incohérence. Je pense qu’on peut être femme de chirurgien et être à découvert, tout dépend du style de vie qu’on a. Je crois qu’on peut vivre la province comme un trou où se terrer pour échapper à ses démons (j’ai trouvé le chapitre sur la convalescence d’Adèle très touchant) et que ce n’est pas du mépris pour « la province ».

J’ai apprécié l’honnêteté aussi de l’auteur dont l’héroïne ne jouit pas systématiquement à chaque rapport sexuel. Parfois ça marche et parfois c’est raté (souvent). Elle esquisse d’ailleurs un peu les « conditions psychiques » qui influent, bref on est dans une représentation plutôt juste de la sexualité féminine, ou du moins celle de l’héroïne est cohérente (ça n’arrive pas si souvent).

J’ai aimé la fin (contrairement à beaucoup d’autres participants du challenge qui ont aussi choisi de lire ce livre). Car elle est terriblement vraie. Certains reprochent à l’auteur de laisser les choses en suspens, de ne pas trancher. C’est malheureusement ce que signifie vivre avec une maladie psychique. Elle ne finit jamais. On en guérit jamais. On ne peut que garder l’espoir de mieux la maîtriser demain et que vos proches ne baisseront pas les bras si on échoue demain.

Je crois au final que ce n’est pas un roman extraordinaire ni le meilleur de la rentrée. Mais c’est un assez bon premier roman. Je continuerai à garder un oeil sur cet auteur personnellement.

Evidemment, en extrait, la quatrième de couverture (qui est aussi l’incipit du roman) parce que plus rien ensuite n’a égalé à mes yeux ces quelques lignes :

Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été très sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.

Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète. Une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre.

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