L’âge D’or De La Peinture Australienne – « Moonrise » de David Davies

David_Davies_Moonrise_1894

Moonrise
David DAVIES, 1894
Huile sur toile, National Gallery of Victoria (Melbourne)

 Nous terminons aujourd’hui notre découverte de l’Heidelberg School avec une toile du peintre David Davies.

David Davies est né en 1864 de parents gallois à Ballarat, une ville située dans l’Etat du Victoria, à 120km au Nord-Ouest de Melbourne, célèbre pour ses chercheurs d’or.  Après avoir été diplômée de l’école d’art de Ballarat, il étudie à Melbourne où il est l’élève de Tom Roberts. Il fait un voyage d’études en Europe qui durera trois ans, il suivra notamment des cours auprès de Jean-Paul Laurens (né dans le Lauragais et auteur de la décoration de la Salle des Illustres au Capitole à Toulouse !) et revient en 1893 (il a alors 29 ans) en Australie. Mais en 1897, il repart en Europe car il considère que le marché de l’art australien n’est pas assez développé et ne lui permettra pas de gagner sa vie. Il mourra en Angleterre en 1939.

Durant sa période melbournaise, il fréquente son ancien professeur et tous les autres artistes de la Heidelberg School et peindra alors une série de paysages nocturnes (la plupart intitulés Moonrise ou Evening) qui est considéré aujourd’hui par les historiens d’art comme emblématique de son style. Il appartient à une seconde génération de peintres de cette école de peinture en plein air et se démarque de ses pairs par une touche plus brute et qui se rapproche très fortement des impressionnistes français.

Le lever de lune, un contrepoint 

Le sujet du tableau est à proprement parler le paysage baigné dans la lumière de la lune. Ce « lever de lune » ne concerne pourtant que le tiers supérieur du tableau, la lune n’étant même pas au centre. La position de la lune attire notre oeil vers la gauche du tableau et renforce l’impression d’immensité du paysage terrestre, qui occupe la partie la plus importante du tableau. Le champ, qui occupe donc la plus grande partie de la toile, est composée d’herbes drues dont la verticalité est accentuée par les coups de pinceaux. Le premier plan du tableau apparaît ainsi assez net et représenté avec une certaine minutie tandis que l’arrière plan paraît plus flou.

Ce paysage nous apparaît « sauvage » et inexploré de part l’absence de toute occupation humaine ou même animale. Le chemin qui serpente au premier plan s’interrompt brusquement et l’oeil discerne avec peine des barrières en arrière-plan. Le paysage est désert et calme, comme un décor de théâtre qui attend que les acteurs entrent en scène.

Ce sujet est un contrepied aux premières peintures de plein air australiens. Là où Streeton et Roberts s’attachaient à décrire l’éclat du soleil et son importance dans le paysage australien, Davies s’intéresse lui aux paysages nocturnes. Nul « héros » australien aussi et pas non plus de tension dramatique, mais un lieu très paisible malgré son immensité et son caractère sauvage.

Moonrise (1893) Art Gallery of South Australia (Adelaide)

Moonrise (1893)
Art Gallery of South Australia (Adelaide)

Moonrise, Templestowe (vers 1894) National Gallery of Australia (Canberra)

Moonrise, Templestowe (vers 1894)
National Gallery of Australia (Canberra)

Ci-dessus vous pouvez contempler deux autres toiles de cette série Moonlight. Ce style novateur a inspiré beaucoup d’autres artistes, ce qui a amené le conservateur Ron Radford à dire que « c’était comme si Streeton et Roberts avaient emmené le soleil avec eux lorsqu’ils ont quitté Melbourne pour Sydney » (catalogue de l’exposition Our Country: Australian Federation Landscapes 1900-1914 – Art Gallery of South Australia, 2001).

Un style plus brut hérité des impressionistes

Davies appose ses coups de pinceaux les uns à côté des autres sans les fondre comme cela se fait traditionnellement depuis la Renaissance.

Moonrise AGSA détailLa seule reproduction du Moonrise de Melbourne que j’ai pu trouver étant d’une mauvaise qualité, je ne peux vous proposer un détail que du Moonrise conservé à Adelaide pour vous permettre de bien visualiser la touche de Davies.

La juxtaposition des coups de pinceaux est particulièrement visible en bas à gauche de la lune avec les coups de pinceaux bleus.

C’est exactement la même technique de peinture qui est utilisée par les impressionnistes en France.

Le motif de la lune peut être d’ailleurs être vu comme un rappel du soleil rouge du tableau de Claude Monet Impression Soleil Levant, qui fut initiateur du courant impressionniste. Davies a de toute évidence contribué à la diffusion en Australie de cette technique qu’il a dû sûrement observée au cours de son voyage d’étude.

Le Moonrise de Melbourne

Le Moonrise de Melbourne

Claude MONET - Impression Soleil Levant (1873) Musée Marmottan (Paris)

Claude MONET – Impression Soleil Levant (1873)
Musée Marmottan (Paris)

Le paysage onirique, refus du naturalisme

James WHISTLER - Nocturne in black and gold : The Fallen Rocket (vers 1872-1877) conservé au Detroit Institute of Arts Evocation d'une soirée dans le Cremorne Garden où fut tiré un feu d'artifice. Whistler traîna en justice le critique d'art John Ruskin qui avait qualifié cette toile "d'insulte au public".

James WHISTLER – Nocturne in black and gold : The Fallen Rocket
(vers 1872-1877)
conservé au Detroit Institute of Arts
Evocation d’une soirée dans le Cremorne Garden où fut tiré un feu d’artifice. Whistler traîna en justice le critique d’art John Ruskin qui avait qualifié cette toile « d’insulte au public ».

   Dans les influences de Davies, il faut citer aussi le peintre James McNeill Whistler, né aux Etats-Unis mais ayant fait toute sa carrière artistique en Angleterre. Il s’oppose aux peintres réalistes en peignant des « invocations » de scènes, avec des compositions très minimalistes, aux couleurs très simples et peu variées, s’inspirant de l’art japonais. Whistler emprunta des termes à la musique classique pour titrer ses oeuvres : « symphonie », « harmonie » mais surtout « nocturne ». C’était une manière de détourner l’attention du contenu narratif pour la fixer sur le style et « l’émotion onirique » qui se dégage de la toile.

A ce titre, l’oeuvre de Whistler ouvre un passage entre le courant impressionniste et le courant symboliste. Les artistes symbolistes cherchent à donner à voir les idées qui peuvent être lues dans les choses concrètes, en s’opposant à la littérature et la peinture naturaliste. Leurs toiles sont donc très mystérieuses, avec beaucoup de symboles.

L’on retrouve ce caractère dans la toile de Davies. Le bush dépeint, malgré l’absence de toute occupation humaine, n’est pas inquiétant mais mystérieux. Il appelle au développement de l’imaginaire. La palette chromatique utilisée par Davies est constituée de tons pastels, bleus et roses pour le ciel, jaunes pour le champ, qui donne beaucoup de douceur à la toile et transforme le paysage du bush en un paysage onirique. Cette impression est renforcée par la touche du peintre qui rend floue la perception des formes. L’on peut ainsi lire la toile de bas (le champ détaillé) en haut (le ciel flou) comme un passage du naturalisme au symbolisme.

Il est d’ailleurs assez troublant de voir qu’en renonçant à la peinture de paysage réaliste, comme celle de Roberts, Davies se rapproche de la représentation du monde aborigène où le rôle de l’artiste peintre est souvent de transmettre au reste de la tribu les épisodes fondateurs du « Temps du Rêve ». De manière absolument inconsciente de la part de l’artiste, cette représentation esthétisée du bush australien peut se lire comme un palimpseste où les mythes fondateurs des deux populations du continent australien se superposent.

Pour aller plus loin :

  • un très beau tableau de David Davies représentant la mer durant sa période anglaise
  • un mini-site de la National Gallery of Australia sur une exposition consacrée à Sydney Long, peintre symboliste australien (puisque je n’ai malheureusement pas trouvé de trace sur la Toile d’exposition monographique consacrée à David Davies)
  • un récit bien mené du point de vue de Whistler du procès l’opposant à Ruskin sur le blog « Si l’art m’était conté »

Retrouvez les autres analyses d’oeuvres de cette série sur la page Initiation à l’art pictural australien.

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