The Ballad of John and Yoko (avril 1969)

Je vous propose d’inaugurer une nouvelle série, publiée il y a fort longtemps sur un de mes premiers blogs, sur les chansons de John Lennon, leur signification dans la carrière de l’artiste mais aussi ce qu’elle révèle sur la période historique des années 70 en Angleterre et dans le monde. La chanson que je vous propose aujourd’hui a été composée alors que la carrière solo de John Lennon n’a même pas encore débuté, mais elle marque pour moi le point d’ancrage de cette carrière solo, le moment où la vie de Lennon prend un virage.

Composée en avril 1969, cette chanson raconte le mariage de John Lennon avec Yoko Ono qui avait eu lieu le mois précédent. Né en 1940 à Liverpool en Angleterre, John Lennon se marie en 1962, soit au début de sa carrière avec les Beatles, avec Cynthia Powell, rencontrée lors de ses années à l’école d’art, alors que celle-ci est tombée enceinte. Ce mariage ne fonctionne plus très rapidement et il était connu que John n’était pas très fidèle.

En novembre 1966, son ami John Dunbar (époux de Marianne Faithfull et très influent), propriétaire d’une galerie d’art contemporain, l’emmène visiter en avant-première l’exposition d’une artiste américano-japonaise nommée Yoko Ono. Les oeuvres exposées sont très humoristiques et demandent souvent la participation du public pour le faire s’interroger sur son rapport au monde. John adhère immédiatement à l’univers de l’artiste, de huit ans son aînée.

La légende veut que que Lennon demandé à planter un clou dans l’oeuvre Painting to Hammer a Nail qui consiste en un panneau peint en blanc, auquel est accroché un marteau et où des instructions placardées sur le côté du panneau, comme un cartel, demande au visiteur de planter un clou, détruisant paradoxalement l’oeuvre. Yoko Ono refusa car le vernissage n’avait pas encore eu lieu. Comme John Dunbar insistait en lui disant que Lennon était un client potentiel et qu’il achèterait peut-être une de ses oeuvres, elle accepta à condition qu’il paye 5 shillings. John lui proposa alors de payer cinq shillings imaginaires pour avoir le droit de planter un clou imaginaire. Et comme le dit le romancier : alors leurs regards se croisèrent et ils se reconnurent.

L'ancienne directrice du Seattle Museum of Arts, Mimi Gates, contribue à l'oeuvre de Yoko Ono lors d'une exposition en 2009. source : Alan Berner pour le Seattle Times

L’ancienne directrice du Seattle Museum of Arts, Mimi Gates, plante un bête clou non imaginaire dans l’oeuvre de Yoko Ono lors d’une exposition en 2009.
source : Alan Berner pour le Seattle Times

Ce fut donc le début d’une histoire d’amour très forte et d’une collaboration qui le fut encore plus. Car l’univers artistique de chacun influença celui de l’autre.

Photographie de Keith MacMillian, propriété de Yoko Ono

Photographie de Keith MacMillian, propriété de Yoko Ono

En 1968, John et Yoko réalisèrent leur premier happening commun : dans les jardins de la cathédrale de Coventry (ils souhaitaient originellement le faire dans l’enceinte de la cathédrale bombardée durant la Seconde Guerre Mondiale) ils installent un banc peint en blanc et plantent à son pied deux glands, l’un tourné vers l’Est et l’autre vers l’Ouest, pour symboliser leur amour et leur souhait que la paix germe d’un bout à l’autre du globe. Le visiteur était invité à s’asseoir sur le banc et à venir contempler cette « sculpture » en gestation. John et Yoko éditèrent leur propre catalogue où  une photo d’eux émergeant de deux pots où étaient plantés des glands était accompagnée de la légende « voilà ce qui se produit quand deux nuages se rencontrent ».

Notons que rien ne poussa car au bout d’une semaine les glands avaient été déterrés par des petits malins.

La chanson The Ballad of John and Yoko raconte donc les difficultés qu’ils rencontrent pour se marier en mars 1969. Après avoir essayé à Paris, ils finiront par réussir à Gilbratar (créant une minie controverse avec le régime de Franco qui ne voyait pas d’un très bon oeil qu’on entende sur les ondes internationales que Gilbratar était un territoire anglais).

Dans le refrain, John Lennon s’adresse directement au Christ, en faisant un clin d’oeil au caractère messianique que beaucoup de fans et les médias lui donnaient (You know it ain’t easy / You know how hard it can be – Tu sais que ce n’est pas facile / Tu sais combien ça peut être dur – The way things are going / They gonna crucify me – Vu la façon dont les choses se déroulent / Ils vont finir par me crucifier). C’est aussi un rappel d’une petite phrase rendue célèbre « un jour les Beatles seront plus célèbres que le Christ ». Cet aspect messianique était assez ambigü chez Lennon, qui semblait autant le cultiver que le fuir (nous en reparlerons avec la chanson « God »). La chanson fut d’ailleurs interdite aux Etats-Unis à cause du refrain, dans certains pays elle fut diffusée remixée, les paroles du refrain étant devenues inaudibles.

Le troisième couplet raconte ensuite leur « lune de miel ». Sachant qu’ils seraient poursuivis par la presse, ils décidèrent d’utiliser leur notoriété et la rendirent « public », c’est à dire qu’ils s’installèrent dans un hôtel d’Amsterdam où ils réalisèrent un « bed-in » c’est à dire qu’ils invitèrent les journalistes à leur rendre visite et donnaient des interviews sur leur engagement pour la paix dans le monde en pyjama allongés sur leur lit. La vidéo qui accompagne la chanson ci-dessus vous montre des images des différents bed-ins qui suivirent celui de la lune de miel (on voit ainsi Sean leur fils qui ne naîtra qu’en 1975 !).

Le quatrième couplet fait allusion au « bagism » une performance artistique du couple, inventé par Yoko Ono en 1962. Nous reparlerons plus longuement de la signification de ces performances avec la prochaine chanson sachez dès à présent que le procédé consistait tout simplement à répondre à des interviews le corps caché dans un immense sac (bag en anglais).

Le cinquième et dernier couplet raconte leur retour à Londres et fait directement référence à leur premier happening (Fifty acorns tied in a sack – Cinquante glands bien serrés dans un sac) et annonce d’ailleurs le deuxième acte de leur performance puisqu’en décembre 1969 ils envoyèrent des glands à de nombreux hommes politiques en leur demandant de les planter en signe de paix.

La mélodie de la chanson est très simple, dans un style un peu folk et très direct qui pour moi marque la direction musicale que recherchera Lennon après les Beatles. Cette chanson a été enregistrée en une seule journée au mois d’avril 1969, uniquement avec Paul McCartney (Ringo Starr et Georges Harrison étant absents ce jour-là et Lennon voulant à tout prix l’enregistrer au plus vite). Ce titre fut numéro 1 des ventes en Grande-Bretagne dès sa sortie.

Pour aller plus loin :

Une réponse à “The Ballad of John and Yoko (avril 1969)

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