On est jeudi, on est en 2011… et je lis toujours

Bon certes je lis un peu moins maintenant que mon bébé ne fait plus de siestes de 2h d’affilée la journée, certes, certes. Mais pour répondre aux provocations de mes aînées, je lis quand même toujours un peu ! En fait c’est surtout que je n’ai pas le temps de vous en parler, spourça Madame qu’il n’y a pas eu d’activité sur ce blog.

Puis aussi à cause des décorations de mon arbre de Jessé (en gros on considère que le sapin est un arbre généalogique du Christ, donc on décore chaque branche avec un symbole d’un des ascendants : Adam, Noé, Abraham, etc) que j’ai pris mon temps libre pour découper avec mes petits doigts des feuilles de canson au lieu de blogguer. Mais il est pas si mal que ça cet arbre de Jessé  qu’au final je n’ai fait qu’1/4 des symboles, non ?

 

Bon mais c’est pas tout ça, mais et ces lectures alors ?

Qu’est ce que j’ai lu le mois passé ?

Bon donc comme je vous l’avais déjà dit au chapitre précédent, après un démarrage en fanfare, je me suis lassée du dispositif narratif et même si le livre a une espèce de fin, personnellement ça ne m’a pas émue plus que ça.

Mais du coup j’ai très envie de lire Huis clos pour comparer.

Des yeux blancs dans un visage blanc. Dans ces moments-là, le visage du Docteur se renverse tout entier. Il ressemble à un homme que l’on aurait attaché à des rails et qui verrait un train foncer sur lui. La peau se parchemine et se tend sur les os dont on dirait qu’ils vont la percer; les lèvres deviennent d’un bleu très tendre, à la limite du blanc; l’arête du nez s’affine et la tête de Docteur s’empreint de cette beauté qui est celle des crânes.

– Voulez-vous que j’ai une crise ? a-t-il murmuré.

– Je crois que vous n’êtes pas à point, a dit Match.

Match a une curieuse manière de parler. C’est à une ombre qu’il dicte ce qu’il dit et ses propos s’inscrivent quelque part, dans la cellule, comme sur un invisible tableau. On y voit des guillemets, des italiques, des mots soulignés. Ainsi a-t-il souligné les mots « à point ».

(Premières lignes de la première page)

J’ai aussi pas mal avancé dans Le lys dans la vallée, j’en suis environ à la moitié. Et alors en fait, je suis contente d’avoir survécu aux horribles chapitres gnangnans « écoutez l’histoire de ma vie je vais vous faire pleurer tellement personne ne m’aime » car les quelques allusions au contexte historique sont tout à fait passionnantes et certains passages sont des poèmes en prose à eux tout seuls.

Le lendemain je vins de bonne heure. Elle n’avait plus de fleurs pour les vases de son salon gris. Je m’élançai dans les champs, dans les vignes, et j’y cherchai des fleurs pour lui composer deux bouquets ; mais tout en les cueillant une à une, les coupant au pied, les admirant, je pensai que les couleurs et les feuillages avaient une harmonie, une poésie qui se faisait jour dans l’entendement en charmant le regard, comme les phrases musicales réveillent mille souvenirs au fond des cœurs aimants et aimés. Si la couleur est la lumière organisée, ne doit-elle pas avoir un sens comme les combinaisons de l’air ont le leur ? (…) J’inventai donc la théorie du père Castel au profit de l’amour, et retrouvai pour elle une science perdue eu Europe où les fleurs de l’écritoire remplacent les pages écrites en Orient avec des couleurs embaumées. Quel charme que de faire exprimer ses sensations par ces filles du soleil, les sœurs des fleurs écloses sous les rayons de l’amour ! Je m’entendis bientôt avec les productions de la flore champêtre comme un homme que j’ai rencontré plus tard à Grandlieu s’entendait avec les abeilles.

Deux fois par semaine, pendant le reste de mon séjour à Frapesle, je recommençai le long travail de cette œuvre poétique à l’accomplissement de laquelle étaient nécessaires toutes les variétés des graminées desquelles je fis une étude approfondie, moins en botaniste qu’en poète, étudiant plus leur esprit que leur forme.

Pour trouver une fleur là où elle venait, j’allais souvent à d’énormes distances, au bord des eaux, dans les vallons, au sommet des rochers, en pleines landes, butinant des pensées au sein des bois et des bruyères. Dans ces courses, je m’initiai moi-même à des plaisirs inconnus au savant qui vit dans la méditation, à l’agriculteur occupé de spécialités, à l’artisan cloué dans les villes, au commerçant attaché à son comptoir ; mais connus de quelques forestiers, de quelques bûcherons, de quelques rêveurs. Il est dans la nature des effets dont les signifiances sont sans bornes, et qui s’élèvent à la hauteur des plus grandes conceptions morales.

Soit une bruyère fleurie, couverte des diamants de la rosée qui la trempe, et dans laquelle se joue le soleil, immensité parée pour un seul regard qui s’y jette à propos. Soit un coin de forêt environné de roches ruineuses, coupé de sables, vêtu de mousses, garni de genévriers, qui vous saisit par je ne sais quoi de sauvage, de heurté, d’effrayant, et d’où sort le cri de l’orfraie. Soit une lande chaude, sans végétation, pierreuse, à pans raides, dont les horizons tiennent de ceux du désert, et où je rencontrais une fleur sublime et solitaire, une pulsatille au pavillon de soie violette étalé pour ses étamines d’or ; image attendrissante de ma blanche idole, seule dans sa vallée !

(…)

Aucune déclaration, nulle preuve de passion insensée n’eut de contagion plus violente que ces symphonies de fleurs, où mon désir trompé me faisait déployer les efforts que Beethoven exprimait avec ses notes ; retours profonds sur lui-même, élans prodigieux vers le ciel. Madame de Mortsauf n’était plus qu’Henriette à leur aspect. Elle y revenait sans cesse, elle s’en nourrissait, elle y reprenait toutes les pensées que j’y avais mises, quand pour les recevoir elle relevait la tête de dessus son métier à tapisserie en disant : — Mon Dieu, que cela est beau !

(…)

Mettez dans un bouquet ses lames luisantes et rayées comme une robe à filets blancs et verts, d’inépuisables exhalations remueront au fond de votre cœur les roses en bouton que la pudeur y écrase. Autour du col évasé de la porcelaine, supposez une forte marge uniquement composée des touffes blanches particulières au sédum des vignes en Touraine ; vague image des formes souhaitées, roulées comme celles d’une esclave soumise. De cette assise sortent les spirales des liserons à cloches blanches, les brindilles de la bugrane rose, mêlées de quelques fougères, de quelques jeunes pousses de chêne aux feuilles magnifiquement colorées et lustrées ; toutes s’avancent prosternées, humbles comme des saules pleureurs, timides et suppliantes comme des prières. Au-dessus, voyez les fibrilles déliées, fleuries, sans cesse agitées de l’amourette purpurine qui verse à flots ses anthères presque jaunes ; les pyramides neigeuses du paturin des champs et des eaux, la verte chevelure des bromes stériles, les panaches effilés de ces agrostis nommés les épis du vent ; violâtres espérances dont se couronnent les premiers rêves et qui se détachent sur le fond gris de lin où la lumière rayonne autour de ces herbes en fleurs. Mais déjà plus haut, quelques roses du Bengale clairsemées parmi les folles dentelles du daucus, les plumes de la linaigrette, les marabous de la reine des prés, les ombellules du cerfeuil sauvage, les blonds cheveux de la clématite en fruits, les mignons sautoirs de la croisette au blanc de lait, les corymbes des millefeuilles, les tiges diffuses de la fumeterre aux fleurs roses et noires, les vrilles de la vigne, les brins tortueux des chèvrefeuilles ; enfin tout ce que ces naïves créatures ont de plus échevelé, de plus déchiré, des flammes et de triples dards, des feuilles lancéolées, déchiquetées, des tiges tourmentées comme les désirs entortillés au fond de l’âme. Du sein de ce prolixe torrent d’amour qui déborde, s’élance un magnifique double pavot rouge accompagné de ses glands prêts à s’ouvrir, déployant les flammèches de son incendie au-dessus des jasmins étoilés et dominant la pluie incessante du pollen, beau nuage qui papillote dans l’air en reflétant le jour dans ses mille parcelles luisantes !

Quelle femme enivrée par la senteur d’Aphrodise cachée dans la flouve, ne comprendra ce luxe d’idées soumises, cette blanche tendresse troublée par des mouvements indomptés, et ce rouge désir de l’amour qui demande un bonheur refusé dans les luttes cent fois recommencées de la passion contenue, infatigable, éternelle ?

(…)

Que donne-t-on à Dieu ? des parfums, de la lumière et des chants, les expressions les plus épurées de notre nature. Eh ! bien, tout ce qu’on offre à Dieu n’était-il pas offert à l’amour dans ce poème de fleurs lumineuses qui bourdonnait incessamment ses mélodies au cœur, en y caressant des voluptés cachées, des espérances inavouées, des illusions qui s’enflamment et s’éteignent comme des fils de la vierge par une nuit chaude.

Ces plaisirs neutres nous furent d’un grand secours pour tromper la nature irritée par les longues contemplations de la personne aimée, par ces regards qui jouissent en rayonnant jusqu’au fond des formes pénétrées. Ce fut pour moi, je n’ose dire pour elle, comme ces fissures par lesquelles jaillissent les eaux contenues dans un barrage invincible, et qui souvent empêchent un malheur en faisant une part à la nécessité. L’abstinence a des épuisements mortels que préviennent quelques miettes tombées une à une de ce ciel qui, de Dan à Sahara, donne la manne au voyageur. Cependant à l’aspect de ces bouquets, j’ai souvent surpris Henriette les bras pendants, abîmée en ces rêveries orageuses pendant lesquelles les pensées gonflent le sein, animent le front, viennent par vagues, jaillissent écumeuses, menacent et laissent une lassitude énervante. Jamais depuis je n’ai fait de bouquet pour personne ! Quand nous eûmes créé cette langue à notre usage, nous éprouvâmes un contentement semblable à celui de l’esclave qui trompe son maître.

Ce sont des extraits très longs et peuvent paraître indigestes mais je vous jure qu’écoutés, ils passent tout seuls ! Le plus fou là-dedans c’est que pendant toute ma scolarité, je DETESTAIS les longues descriptions romanesques à la Balzac alors que maintenant j’ADORE ça !

Qu’est ce que je lis en ce moment ?

L’amélanchier de Jacques Ferron, dernier livre pioché dans la Méga Liste du défi Blog-o-trésors.

C’est une sorte de conte raconté à la première personne par une certaine Tinamer, son père lui racontant l’histoire de sa famille et sa propre enfance,  histoire entrecoupée de celle des rencontres et des aventures que vit Tinamer dans le bois derrière sa maison.

Il est vraiment difficile de résumer ce texte car il est très touffu et loufoque, c’est très agréable à lire, très poétique, et en même temps le style est tellement « dense » que je suis obligée de m’arrêter au bout de chaque chapitre pour digérer (et de toute façon Toto ne me laisse pas trop le temps de lire 2 chapitres d’affilée).

Je me nomme Tinamer de Portanqueu. Je ne suis pas fille de nomades ou de rabouins. Mon enfance fut fantasque mais sédentaire de sorte qu’elle subsiste autant par ma mémoire que par la topographie des lieux où je l’ai passée, en moi et hors de moi. Je ne saurais me dissocier de ces lieux sans perdre une part de moi-même. « Ah ! disait mon pre, je plains les enfants qui ont grandi en haute mer. » Fin causeur et fils de cultivateur, il se nommait Léon, Léon de Portanqueu, esquire, et ma mère, ma douce et tendre mère, Etna. Je suis leur fille unique.

(Chapitre premier)

Qu’est ce que je vais lire après ?

Je compte lire ensuite Pour qui sonne le glas de Ernest Hemingway, sur une recommandation du site « Weread » dont j’utilise une application sur Facebook pour partager mes impressions sur les romans que je lis.

A vrai dire, je n’ai jamais réussi à finir Le vieil homme et la mer que m’avait offert un ami argentin de mon parrain de passage dans notre villégiature familiale il y a un milliard d’années, car je l’avais trouvé excessivement barbant à l’époque (le roman hein pas l’ami argentin de mon parrain) mais je me suis dit que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis et qu’une histoire d’amour sur fond de guerre civile espagnole (si j’ai bien compris le résumé) avait plus de chances de me plaire que le long monologue d’un vieux croûlant qui se bat contre un poisson qui n’a pas envie de se laisser pêcher et on le comprend.

4 réponses à “On est jeudi, on est en 2011… et je lis toujours

  1. j’ai finir le vieil homme et la mer parce qu’il faut que je l’etudies. ce n’est pas un roman que j’aime beaucoup. c’est jusqu’a maintenant le seul roman de hemingway que j’ai lu.

  2. Il me semble que Proust fait allusions à ces passages du « Lis dans la vallée », et même plusieurs fois. Il y a notamment un passage sur la robe que porte Albertine, qui est très très beau. Je crois que c’est dans « Sodome et Gomorrhe ».

    Je suis curieuse de lire ce que tu diras sur Hemingway, je n’ai jamais lu.

    • Ah ben j’ai jamais donné mon avis mais sérieusement Pour Qui Sonne le Glas c’est le meilleur roman que j’ai lu en 2010 !!! Je l’ai dévoré et adoré, rien à voir avec Le Vieil Homme, c’est bien plus intéressant.
      Je recommande + + + et j’ai mis d’autres romans d’Hemingway sur ma PAL du coup !

  3. dire que je suis en train de lire Mary Higgins Clark pendant qu’elles parlent de Hemingway et Proust ….. j’ai dû râter un gène dans ma construction foetale …

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