Haruki Murakami – La fin des temps

Lu dans le cadre du Défi Blog-o-trésors, ce roman a été une excellente surprise (vous noterez d’ailleurs que la plupart des romans lus l’ont été jusqu’à présent !). Parce qu’autant vous dire que j’étais pleine de préjugés sur un roman japonais… je m’attendais à une histoire ancrée dans le Japon contemporain tel qu’on le voit dans les mangas que lit Ju’ à longueur de temps, avec des personnages en sandales japonaises qui mangent des ramens et font partie de clans plus violents les uns que les autres ou pire des hommes âgés de la quarantaine avec une vie sexuelle désastreuse qui essayent désespérement de draguer une lycéenne écervelée et court-vêtue. Ou alors à l’inverse, des descriptions contemplatives interminables sur le mouvement d’une branche d’arbre, le tournoiement d’une fleur de cerisier au printemps ou le mouvement du paravent signifiant le cloisonnement intérieur du personnage tel un film japonais super ennuyeux comme on en voit parfois sur Arte (il y a aussi d’excellentissimes films japonais, hein, je caricature exprès). Ben en fait non, pas du tout. Remarquez qu’on retrouve un peu ces caractéristiques chez Murakami mais de manière totalement digeste (les quarantaines pervers en moins quand même)(quoique).

L’histoire est donc celle d’un homme qui loue les capacités de son cerveau à une firme de cryptage de données scientifiques. En dehors de son activité professionnelles, le personnage principal est tout à fait ordinaire, menant une vie totalement ordinaire. Un jour, une de ses missions l’amène à rencontrer un scientifique totalement atypique dont le bureau est très difficile d’accès. La mission de cryptage que va lui donner son employeur va plonger le personnage principal dans un monde qu’il n’aurait jamais soupçonné…

Bon vous me direz ok, on est dans un « bête » roman d’espionnage industriel. Mais en fait non. Car en alternance avec ce premier récit intitulé « le Pays des Merveilles sans Merci », l’on suit un autre narrateur explorant « La fin du monde », monde fantastique qui s’est reconstruit sur les ruines du monde ordinaire du premier personnage. A Girl From Earth, qui a proposé le roman sur la Méga-Liste, a d’ailleurs une lecture très pertinente de cette alternance.

Evidemment j’ai passé ma lecture à essayer de comprendre le lien entre les deux mondes – qui est, heureusement, explicité à la fin. Fin un peu longue à venir et surtout beaucoup moins surprenante que la description des mondes en eux-mêmes, qui sont vraiment étonnants, chacun dans son genre. Le premier est vraiment très proche de notre monde occidental, toutes les références culturelles sont occidentales… et à la lecture de la préface, il semblerait que ce ne soit pas la traduction mais bien Murakami qui situe ses oeuvres dans un contexte occidental. Pour les ramens, le Mont Fuji, les lycéennes kawaï et tout le folklore « japoniais » on repassera donc.
L’autre surprise, c’est que l’imaginaire de l’auteur est vraiment poétique tout en restant crédible. Les premières pages sont d’ailleurs assez représentatives de cette « inquiétante étrangeté » qui caractérise le genre du roman fantastique (rappellez-vous de vos cours de lycée sur le Horla ou Edgar Allan Poe, sinon vous êtes obligés de me croire sur parole !). Mais ici, le genre du fantastique est vraiment « actualisé » et proche de nous car l’univers qui lui sert de départ est tout simplement contemporain.

Je vous avoue que si j’aime un peu le roman fantastique du XIXe, j’ai beaucoup moins de références sur ses mutations contemporaines. C’est d’ailleurs ce qui a rendu la lecture de ce roman si intéressante pour moi, me replonger dans un univers que j’ai laissé longtemps de côté et me rendre compte que je l’apprécie d’autant plus qu’il a évolué. Je ne pourrais vous dire si c’est lié à l’identité japonaise de l’auteur ou non, en tous cas, j’ai ajouté Kafka sur le rivage, autre roman de Murakami – et meilleur selon les critiques – sur ma PAL (va voir chez Lodi les explications, elle en parlait la semaine dernière).

Bon sans plus attendre les premiers paragraphes du roman :

L’ascenseur continuait à monter avec une extrême lenteur. Du moins je pensais qu’il montait, mais à vrai dire je n’en savais rien. A une vitesse réduite, toute sensation de direction s’efface : il était peut-être en train de descendre, peut-être même qu’il était arrêté. Simplement, compte tenu des circonstances, j’avais décidé de considérer qu’il montait, par esprit de commodité. Pure hypothèse, sans aucun fondement. Il avait peut-être gravi douze étages avant d’en redescendre trois, ou bien il avait déjà fait une rotation autour de la Terre, je n’en sais rien.
Cet enfin n’avait rien à voir avec l’ascenseur bon marché de mon immeuble, plutôt simpliste, du style seau de puits légèrement évolué. Deux appareils comme ceux-là ont tellement peu de points communs que l’imagination a du mal à concevoir qu’ils portent le même nom, possèdent la même structure, et aient été construits dans un but identique. Ces deux ascenseurs étaient vraiment aux antipodes l’un de l’autre, à une distance défiant les limites de la pensée.
Primo, question de largeur. L’ascenseur dans lequel je me trouvais était assez large pour y aménager un petit bureau confortable. Même en y mettant une tale, des placards, un secrétaire, et en y installant une kitchenette, il serait sûrement encore resté de la place. Si ça se trouve, on aurait pu y faire entrer trois dromadaires et un palmier de taille moyenne. Secundo, question de propreté. Celui-ci était aussi propre qu’un cercueil flambant neuf, avec les murs et le plafond en avier inoxydable immaculé, le sol recouvert d’une épaisse moquette bouclée vert mousse. Tertio, il était mortellement silencieux. Quand j’y étais entré, il n’avait pas fait un bruit – littéralement pas un bruit -, les portes s’étaient refermées en coulissant silencieusement et depuis je n’avais pas entendu un son. A tel point que je ne savais plus s’il progressait ou non. Comme le courant calme et profond d’un fleuve…

Attention ce blog devient totalement accessible avec une excellente initiative de Paul du blog Lecture A Voix Haute :

2 réponses à “Haruki Murakami – La fin des temps

  1. J’adore ta présentation de tes a priori sur le roman japonais, ça m’a bien fait rire!!:) Vraiment ravie que tu aies aimé celui-là, c’est mon préféré, après on dit toujours que Haruki est le moins japonais des écrivains japonais… Tu m’as bien donné envie de le relire celui-là!
    Quant à Kafka sur le rivage, meilleur? Ben ça dépend des goûts je crois… Il faut être particulièrement flexible dans sa tête pour adhérer à La fin des temps je pense, Kafka sur le rivage est beaucoup plus accessible je dirais, plus tout public on va dire – Je reste fidèle à La fin des temps en première place, même si j’ai adoré Kafka sur le rivage, tout simplement parce que c’était mon premier Haruki, et les premières amours, ben…:)))

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