Premices de la peinture australienne : "View from Rose Banks" de Conrad Martens

Je ne sais pas si j’arriverais à mener à bien ce projet mais je me lance dans une présentation de quelques toiles qui ont jalonné la construction d’une histoire de la peinture australienne. Il existe aujourd’hui un art reconnu comme australien, mais à l’instar de l’histoire du pays il a mis du temps à s’affirmer comme tel et ce qui surtout fascinant ce sont les relations qu’il a entretenu pendant 2 siècles avec son père, l’art européen, et surtout avec son cousin, le « vrai » art australien, soit l’art aborigène.

Aujourd’hui, je vous présente donc une des premières toiles peintes en Australie :


View from Rose Banks, Conrad MARTENS, 1840
Huile sur toile, conservée à la National Gallery of Australia (Canberra)

Cette toile est tout à fait emblématique des premières peintures australiennes : les premiers artistes à s’intéresser à l’Australie sont mandatés par les grandes puissances européennes pour dépeindre ce nouveau territoire : ils accompagnent les expéditions pour faire l’inventaire des richesses du pays à coloniser. On trouve ainsi souvent des aquarelles de vues de la côte depuis la mer qui décrivent le paysage tant pour son intérêt esthétique en lui même que pour la stratégie militaire !
Ici d’ailleurs le point de vue est inversé : nous sommes sur la terre ferme et nous regardons la mer au loin. L’artiste est implanté sur ce sol, qui est devenu le sien.
La technique et le choix du sujet sont totalement traditionnels, participant au genre de la peinture de paysage, qui a connu son heure de gloire au XVIIIe siècle. Le procédé du fondu atmosphérique étant un trait caractéristique du paysage anglais. Aucun être humain n’est présent dans cette scène, rien que le paysage. Mais la tache rouge du plaid au premier plan, alliée à celle blanche de la chaise, attire l’attention du spectateur : un homme, l’artiste même sûrement, se tenait là il y a peu de temps ! Les maisons au second plan viennent renforcer cette impression : cet Eden est habité, colonisé par l’homme.
Nous ne sommes donc pas dans un pays sauvage, mais bien dans un pays civilisé… et qui peut rivaliser avec LE pays européen civilisé par excellence : l’Italie avec ses petites maisons blanches aux toits presque plats. Le peintre n’insiste pas du tout sur le caractère exotique de la végétation, bien au contraire, il noie la vue dans une brume qui rend le tout opaque, comme une vision. La vision du peintre se surimpose au paysage qu’il décrit.
Mais il maîtrise tout à fait sa technique car l’eucalyptus au premier plan à droite est parfaitement identifiable (la silhouette si particulière de l’eucalyptus étant LE défi de tout peintre de paysage du XIXe siècle !) même s’il est proche d’un arbre européen.

La place de cette toile dans la vie du peintre est un tournant : Conrad Martens est né en 1801 en Angleterre et y a été formé. En 1832 il s’embarque sur son premier navire en tant que topographe. Lors d’une autre expédition, il rencontre Darwin avec qui il se lie d’amitié. Il arrive à Sydney à 34 ans et y fera sa carrière, étant considéré comme le meilleur peintre de paysage de toute la Nouvelle Galles du Sud (évidemment c’est la National Gallery of Victoria (« mon » musée) qui a réalisé la première exposition de ses toiles en Australie – il avait déjà exposé ses aquarelles australiennes à Londres). La toile ci-dessus dépeint bien la baie de Sydney (l’avancée de terre à l’arrière plan à gauche donne une vue imprenable sur l’opéra aujourd’hui !), et les maisons italianisantes sont très fraîchement construites !
Par ce sujet et son traitement, Conrad Martens montre à ses contemporains que le paysage australien est aussi noble que les paysages traditionnellement représentés en peinture, et dépasse sa première vocation de topographe pour devenir un peintre à part entière.

Cette légitimité acquise, il s’agira désormais pour ses successeurs de réussir à capter ce qui fait la spécificité du paysage australien.

Retrouvez les autres analyses d’oeuvres de cette série sur la page Initiation à l’art pictural australien.

Une réponse à “Premices de la peinture australienne : "View from Rose Banks" de Conrad Martens

  1. Pingback: La sagesse est au coin de la rue » Prémices de la peinture australienne - “Mount Kosciusko, seen from the Victorian border” de Eugène Von Guérard·

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